Joe D’Amato: The Splatting Image Interview (1990)

« Dix films par an c’est trop. Plutôt sept ou huit… » (Joe D’Amato)

Joe+DamatoEn 1990, à l’occasion du défunt MIFED (Le marché international des professionnels du film-multimédia de Milan), Axel Estein et Thomas Schweer ont capté le stakhanoviste Joe D’Amato pour une longue interview éditée en juin de l’année suivante dans le magazine allemand « Splatting Image » ; et par ailleurs toujours disponible dans sa version originale sur le site Splatting-image.com. Si nous avons pensé qu’il était nécessaire d’en faire une traduction illico presto, c’est que non seulement cet entretien est bon ! mais qu’il sort aussi à de nombreuses reprises des sentiers battus et rebattus par les obsessionnels de la chose gore, plébiscitant allègrement érotisme et pornographie à une période où notre homme ne tapait déjà plus dans le hardcore depuis belle lurette. Il y reviendra quatre ans plus tard – et à corps perdu ! – mais c’est une autre histoire … L’entretien a de toute évidence été réalisé en anglais puis fut traduit en allemand. Il nous semble important de le signaler car Massaccesi nous a donné du fil à retordre lors de la traduction, certains passages étant tout simplement incompréhensibles ! On le sent d’ailleurs quelque peu fatigué ci et là, notamment lorsqu’il s’embrouille avec des explications concernant Cannibal Holocaust, alors qu’il veut parler d’Emanuelle and the Last Cannibals ! C’est la raison pour laquelle nous avons ponctuellement opté pour l’explication de texte à la suite de certaines de ses réponses. A de très rares reprises, le texte original contient des coquilles qui rendent les réponses du réalisateur par trop incohérentes. Nous avons donc décidé de ne pas proposer de traduction de ces quelques phrases, afin de ne pas dénaturer la sainte parole D’Amato. Mais rassurez-vous : 99,90% du texte est là, et le reste c’est du (…)

Comment avez-vous atterri dans l’industrie du cinéma?

Je travaille depuis 45 ans dans le cinéma. Mon père était technicien dans ce milieu et à l’âge de quinze ans j’étais déjà assistant cameraman. Avant cela j’ai été photographe de plateau, câbleur et électricien de plateau. Plus tard, je suis devenu directeur de la photographie, réalisateur, puis producteur et distributeur. Maintenant, je m’occupe de tout.

Vous avez grandi dans une famille d’artistes?

L’Art n’était pas vraiment une ambition chez nous, nous sommes plutôt des techniciens. Mon père par exemple, a commencé en tant que technicien éclairagiste. Mon frère est aussi dans l’industrie du cinéma, et même mon fils est maintenant directeur de la photographie.

Dans quel film avez-vous tenu une caméra pour la première fois?

$_5pp7 (7)Ce fut pour Pelle di bandito (1969), qui a été tourné en Sardaigne. C’était un film sur la bande de Graziano Messina.

Un film politique?

Non, pas politique mais très peu commercial, avec des aspirations « artistiques ».

Vous avez tourné un de vos premiers films, La mort a souri à l’assassin (1973), avec Klaus Kinski. Comment était-ce de travailler avec lui?

Si je me souviens bien j’ai tourné deux ou trois films avec lui. C’est un acteur très professionnel. Et il était totalement absorbé par ses rôles, il planait presque avant de composer certains personnages.

C’est surprenant parce qu’on dit toujours que personne ne pouvait s’entendre avec lui, qu’il était ingérable.

Oui, c’est le cas aujourd’hui. Mais j’ai travaillé avec lui il y a plus de 16 ans, maintenant c’est une star, il a changé. Werner Herzog qui a réalisé beaucoup de films avec Kinski a en effet eût de gros problèmes avec lui. Néanmoins, Aguirre, la colère de Dieu (1972) demeure l’un des meilleurs films que j’ai vu.

En ce qui concerne La mort a souri à l’assassin (1973), nous avons le sentiment que vous avez été assez fortement influencé par Dario Argento.

Plutôt par Mario Bava, tout particulièrement en ce qui concerne le travail de la caméra. A cette époque je ne savais rien de Dario Argento, et je ne savais pas non plus qu’il avait fait un film d’horreur avant moi. Mais Bava m’a certainement inspiré, parce que j’ai travaillé avec lui comme caméraman sur Hercule contre les vampires (1961), avec Christopher Lee. Et j’ai effectué mon tout début de carrière avec le père de Mario Bava, qui était responsable des effets spéciaux et des titrages de début et de fin de film. A l’époque le lettrage de présentation des noms était encore coupé à la main, et je l’ai fait.

La mort a souri à l’assassin (1973) était assez brutal pour l’époque.

Oui, je voulais choquer les gens.

Le film a-t-il été un succès?

Non, pas particulièrement. Peut-être parce que le public n’était pas prêt pour ce genre de chose.

Le film est aussi très étrange: Il semble impossible de comprendre l’histoire dans son intégralité. L’avez-vous tourné sans scénario?

En fait le script n’était pas très bon. J’ai effectué de nombreuses modifications à la dernière minute mais il contient encore beaucoup d’incohérences.

Une chose typique de votre travail de cameraman c’est la qualité de vos réglages et de vos travellings, comme dans L’antéchrist (1974) d’Alberto De Martino par exemple…

… Oui, je suis aussi un bon cameraman (rires). Non, pour moi ce qui est amusant c’est de jouer avec la technologie. Peut-être que je ne suis pas un bon metteur en scène parce que je me concentre trop sur l’artistique, je vous laisse seul juge.

C’est pourquoi vous faites encore vous-même les prises de vue dans vos films?

Oui, dans tous les films que je dirige je suis aussi cameraman.

Mais dans Anthropophagous (1980), Enrico Biribicchi est crédité au poste de caméraman …

C’est pour des raisons juridiques, à cette époque on ne pouvait pas occuper trop de postes lors d’un tournage sans avoir affaire aux syndicats. Par conséquent on a crédité Enrico Biribicchi au générique.

D’où l’utilisation de tous ces pseudonymes?…

Oui, en grande partie. Mais quand je me suis appelé Joe D’Amato, je cherchais un nom avec un potentiel. Une combinaison italo-américaine, comme Brian de Palma, Martin Scorsese.

Comment avez-vous trouvé ce nom?

Je l’ai lu dans un calendrier (rires).

Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur la série des Black Emanuelle avec Laura Gemser?

De la façon suivante : D’abord, il y a eût le film original, l’Emmanuelle française, qui a rapporté énormément d’argent. Donc nous avons pensé que nous pouvions faire quelque chose d’intéressant avec ça … Nous avons juste changé la couleur de sa peau.

Plus tard avec Emanuelle et les derniers cannibales (1977), vous avez opéré un lien entre la série et les films de cannibales. Ca a été un succès?

Oui, un très grand succès. Tous les films avec Emanuelle ont fait de l’argent.

Qu’aviez-vous en tête lorsque vous avez réalisé ce film?

Je voulais apporter quelque chose de neuf à la série, j’avais déjà tourné Black Emanuelle en Orient (1976), Black Emanuelle en Amérique (1977), etc… Eh bien, je voulais changer un peu et j’en suis arrivé à cette histoire d’anthropophages que j’ai simplement mélangé avec l’univers d’Emanuelle.

Le film est assez hard …

Tu l’as vu?

Bien sûr!

(Mort de rires) La majorité du film a été tourné près de Rome. Nous avons raflés tous les philippins que nous pouvions trouver à Rome … (rires) … Beaucoup de gens pensent que le film a été réalisé en Amazonie. Nous tournions sur un lac entouré de palmiers, et voilà … Ca ressemble à l’Amazonie. Nous avons engagé des touristes asiatiques en vacances à Rome, nous les avons payé pour une semaine …

Dit comme çà, ça semble une façon intelligente de travailler !

(Il se tord de rire)

Et en ce qui concerne les scènes réalisées à New York, vous avez fait un rapide aller-retour avec Laura Gemser ?

Hum… Je pense que deux ou trois autres personnes se sont occupées de ça.

(Ndlr : Ici D’Amato botte en touche. Nous pensons qu’il a bel et bien réalisé ces fameuses séquences avec Gemser, mais qu’en réalité personne n’a jamais foutu les pieds à N.Y afin d’y tourner quoi que ce soit pour ce volet cannibalistique des aventures de l‘Emanuelle noire. La première partie du film est très certainement composée de rushes ou de scènes datant du périple new yorkais de D’Amato et de son équipe pour Emanuelle in America, réalisé courant 1976. Il procèdera peu ou prou de la même façon pour Emanuelle et les filles de Madame Claude, dernier volet de la série sorti en salle en 1978… La raison d’un tel procédé n’est peut-être pas d’ordre purement économique ; en fait D’Amato n’avait certainement pas d’autre choix. Dans la vidéo de son interview fleuve pour le magazine Nocturno : « D’Amato Totally Uncut » (1999), le réalisateur explique qu’à la suite du tournage d’Emanuelle in America, l’une des actrices apparaissant dans les fameuses scènes « snuff » l’assigna en justice pour mauvais traitements et préjudice moral, en raison de la brutalité et du réalisme des séquences enregistrées. Selon lui, en dépit de l’absurdité de la plainte l’incriminant, il ne put quitter le territoire italien pendant « plusieurs années », et ce par décision de justice ! Le volet Black Emanuelle autour du Monde (1977), réalisé dans l’immédiate foulée des aventures étasuniennes de Gemser ne fut donc pas directement affecté par cet événement, mais le réalisateur dut se résoudre à certains bidouillages insensés les deux années suivantes : La série des « Le notti porno … », avec ou sans Mattei, les Black Emanuelle post Tours du Monde, et peut-être même cette bouffoneries franchement en deçà de ses capacités qu’est « Le gynécologue de ces dames (1977)» ; soit une petite demi-douzaine de films, tous réalisés ou coréalisés entre 1977 et 1978)

La ligne d’horizon du début, c’est celle de New York ou de Rome?

(Il en pleure presque) Non, non, c’est vraiment New York.

Qui a fait les effets gores?

Je les ai fais. J’aime beaucoup manipuler toutes ces choses. Dans Emanuelle et les derniers cannibales (1977) j’ai fais tous les effets spéciaux.

Vous êtes une vraie petite équipe d’un seul homme.

Oui, je le fais avec plaisir. J’aime faire mes films, donc … Je ne veux pas m’asseoir en tant que réalisateur, donner des ordres et passer mon temps à attendre. Chacun de mes film est une sorte de fils pour moi, je les ai tous créés de mes mains.

C’est aussi beaucoup moins cher.

Oui, c’est moins cher et beaucoup plus intéressant pour moi.

Ca nous rappelle Jess Franco qui a toujours très bien réussi de lui-même. Aimez-vous son travail?

Oui, j’aime certains de ses films… Quelques-uns … J’aime Roger Corman, qui se débrouillait beaucoup seul quand il a commencé (…)

Nous vous avons posé la question au sujet de Franco parce qu’il existe certains parallèles entre votre travail et le sien : La façon de procéder et cette fascination pour la nudité.

Oui, j’aime les corps nus parce qu’ils se vendent bien ; par conséquent je fais des films érotiques. Si vous faite un tour ici au MIFED, vous remarquerez que les gens sont toujours très disponibles lorsqu’il s’agit de voir une scène de baise. Le sexe est tout simplement plus commercial que toute autre chose.

Et le marché n’a pas changé?

Non, il est toujours le meilleur moyen de faire de l’argent.

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Au début des années 70 il n’y avait aucun problème avec les films érotiques?

Si, il y a eu des frictions avec la censure, mais c’était aussi une excellente opération commerciale car tout le monde voulait en voir.

Ensuite le Hardcore a été interdit en Italie …

Ce n’est pas légal, mais à ce jour c’est toléré. C’est comme ça : quand le sexe était encore sulfureux tout le monde voulait en voir. Maintenant on en voit partout, le marché a de nouveau pris son envol. (…)

Vous avez tourné beaucoup de films Hardcore …

Oui, mais c’était uniquement à l’époque où ces films étaient tolérés. Pendant quatre ans c’était un gros business. J’ai fais ces films entre 1978 et 1980, puis ça a commencé à péricliter.

Si l’on se réfère à certaines filmographies, il est clair que vous avez également tourné des pornos dans les années 80, par exemple ce film intitulé Porno Holocaust (1981).

Non. Cela peut s’expliquer de la façon suivante : Certains investisseurs ont tout simplement inséré des scènes hardcore dans mes films pour mieux les vendre. Beaucoup de gens m’ont parlé de ce « Porno Holocaust » (1981) hard, mais l’original, « La nuit fantastique des morts-vivants » (1980), est un film softcore.

(Ndr : D’Amato est ici d’une mauvaise fois réjouissante. Porno Holocaust n’a évidemment rien à voir avec La nuit fantastique des morts-vivants, film qui par ailleurs semble avoir été exploité sous deux versions en France, dont la plus explicite fut titrée : La nuit érotique des morts-vivants !)

Revenons à vos « vrais » porno : Gerard Damiano considère ses films hardcore comme une forme extrême d’expression artistique. Est-ce également votre cas ?

Non, pour moi c’est juste du business. Mais qui est-ce Gerard Damiano? Qui se cache derrière ce nom?

C’est l’homme à l’origine des classiques Gorge profonde (1972) et L’Enfer pour Miss Jones (1973)…

Ah oui, Gorge profonde (1972) je l’ai vu en Amérique à l’époque, je faisais un film pour Alberto de Martino dont le titre m’échappe … Un film sur la Mafia. (Le conseiller, 1973 : Ndt) Nous avons tourné près de San Francisco, et après le travail je suis allé voir Deep Throat. Je pense que c’est juste du business. Gerard Damiano peut me dire quoi que ce soit à propos de l’art dans ce métier, c’est juste un faux prétexte par lequel il veut se justifier. Cela n’a rien à voir avec l’Art de faire un porno.

Le plus étonnant au sujet de vos pornos, c’est qu’ils bénéficiaient d’une histoire correcte.

Oui. Le premier porno que j’ai tourné était Sesso Nero (1980). J’ai essayé de faire en sorte d’avoir une histoire à raconter,988498701 même si c’était un film hard. J’ai procédé comme ça avec tous mes pornos, mais pour la plupart des investisseurs ce n’est pas assez commercial ; il faut couper l’intrigue et ne laisser que la baise. C’est l’une des raisons pour lesquelles je ne considère pas cela comme une forme d’Art, les gens qui regardent ces films veulent juste voir de la baise et se foutent de l’histoire. Mais ça a été une période très intéressante pour moi.

Dans votre Caligula: la véritable histoire (1982), il y a même des scènes de sexe avec des animaux.

Ici oui, mais j’en ai fait deux versions. Une était vraiment hard, comme le film de Tinto Brass pour lequel le producteur a en effet monté une version soft, et une version hardcore pour l’exportation. La version hardcore n’a pas été montrée en Italie; je ne l’ai tirée que pour les autres pays.

Vous avez ensuite tourné deux Mondo Movies qui sont très semblables. Emanuelle e le porno notti nel mondo avec Laura Gemser, et un autre avec Amanda Lear.

Oui, parce que nous avions acheté un assez gros paquet de films documentaires.

Donc, vous n’avez même pas tourné les scènes?

Non, tout a été acheté. Je ne devais tourner que les scènes de transition avec Laura Gemser et Amanda Lear.

(Ndlr : La série des quatre Mondos Movies à laquelle a collaboré D’Amato entre 1977 et 1978 est un bordel sans nom. Il a en fait coréalisé deux de ces films avec son compère Bruno Mattei, que ce dernier à signé tantôt Jimmy Matheus, tantôt J. Metheus. Ce sont : Notti porno nel mondo (1977) et Emanuelle e le porno notti nel mondo n. 2 (1978). Ils ont pour particularité de compter Laura Gemser dans le casting, la javanaise faisant office de « présentatrice » des pseudos reportages montés par Mattei. Mais D’Amato signera lui-même deux autres Mondos cette même année 78 : Le notti porno nel mondo nº 2 (1978) avec Ajita Wilson et Marina Frajese ; puis Follie di notte alias Mondo Erotico (1978) avec Amanda Lear. A noter que ce Mondo Erotico de 78 n’a rien à voir avec celui de 1973 réalisé par Filippo Walter Ratti ! Follie di notte n’apparait même pas dans l’IMDB, la confusion ayant été faite avec … Le notti porno nel mondo nº 2. Toujours est-il que les deux « escrocs » se sont indubitablement partagé le boulot et le crédit des films, dont D’Amato à évidemment réalisé certaines séquences Mondo, quoi qu’il en dise …)

Comment avez-vous rencontré Luigi Montefiori alias George Eastman?

Je l’ai rencontré sur le tournage d’un film sur lequel j’étais cameraman. (Mon nom est Pécos, 1967 : Ndt) Nous sommes devenus bons amis. Il voulait écrire des scénarii, et nous avons travaillé ensemble.

Il a écrit les scénarii de beaucoup de vos films.

Oui, aujourd’hui encore il est de retour, il travail pour moi en ce moment.

Que pensez-vous de son premier film, Metamorphosis (1990)?

Il est plutôt bien. Je veux dire, c’est son premier film, peut-être qu’il manquait un peu d’expérience, mais le film est assez bon, vous l’avez vu?

Oui, mais seulement la version anglaise qui est probablement une version expurgée.

Mais nous n’avons tourné qu’une seule version de Metamorphosis. A moins que la version anglaise soit tout bonnement censurée, nous avons seulement réalisé une version explicite. Je ne pensais pas que le film soit si cruel qu’il était nécessaire d’en tirer une version soft.

N’est-ce pas la politique maison de FILMIRAGE de toujours proposer deux versions d’un même film, une cut et une uncut ?

Pas vraiment, mais parfois nous fournissons deux versions. Ce fut le cas pour Bloody Bird (1987).

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Et L’attaque des morts-vivants (1987)?

Non, nous n’avons tourné qu’une seule version. Parfois on modifie la bande originale, ça dépend de ce que veulent les investisseurs, Japonais ou autres. Le fait est que je ne produis pas d’œuvres d’Art, je suis dans le business pur. Dans ces conditions il est difficile de refuser toute modification des films que vous proposez.

Donc vous ne savez pas vraiment ce qui arrive à vos films une fois qu’ils sont vendus?

Normalement si, mais il est impossible de tout contrôler.

Est-il vrai que vous avez filmé des scènes de Bloody Bird (1987)?

Non, je suis juste le producteur. Michele (Soavi : Ndt) a été mon assistant et si j’avais dû être derrière la caméra, cela n’aurait pas fonctionné. Si je décide de donner sa chance à un jeune réalisateur, alors j’estime qu’il doit faire son film et que je ne doit pas lui mettre la pression.

Qu’en est-il de L’attaque des morts-vivants (1987)? Avez-vous vraiment réalisé une partie du film ?

Oui, j’ai tourné certaines scènes. Le réalisateur Claude Milliken, qui est en réalité Claudio Lattanzi, était novice et pas très bon. Au final j’ai tourné quelques séquences afin d’améliorer un peu le film, mais je n’en suis toujours pas satisfait ; peut-être aussi à cause de l’idée à l’origine du script.

En ce qui concerne les pseudonymes : Dans les années 50 et 60, de nombreux réalisateurs italiens ont utilisé des noms américains afin de vendre leurs westerns à l’international … Depuis, l’industrie du cinéma italien a fait ses preuves, et on connait ses qualités. Alors pourquoi continuer à utiliser ces pseudonymes quand tout le monde sait que ces productions sont italiennes ?

Je ne pense pas que ce soit le cas. Peut-être que les investisseurs le savent, mais les gens qui vont au cinéma veulent juste voir un film. C’est comme ça, le cinéma italien a produit beaucoup de beaux films, mais aussi beaucoup de merdes. Les américains tournent tellement qu’on ne peut jamais être sûr, ça crée le doute. Si je vendais mes films sous le nom d’Aristide Massaccesi, on saurait instantanément d’où ils viennent.

Dans une édition du magazine italien CIAK, nous avons lu quelque chose au sujet d’un Quella in Casa di Buio Omega. Est-ce une suite à votre Buio Omega (Blue Holocaust : Ndt) ?

Non, c’est juste un titre différent. Buio Omega (1979) n’a pas connu un grand succès en Italie. Nous avons donc relancé le 11157film en incluant le titre « La Casa » sur les affiches. (Evil Dead ‘81 de Sam Raimi fut titré La Casa en Italie : Ndt)

Nous en arrivons donc à votre meilleur film, le plus explicite: Blue Holocaust (1979). Il donne l’impression d’une conception assez extrême de l’idée que l’on se fait généralement de ce que l’on peut montrer au cinéma. Le film, à l’instar d’Anthropophagous (1980), brise certains tabous.

(Rires) Je ne suis vraiment pas un pervers. Je me contente de choquer le public au bon moment.

Nous savons que ce n’est pas le cas, mais nous voudrions éclaircir une rumeur persistante au sujet de ce film. Beaucoup de gens pensent que vous avez utilisé un vrai cadavre…

(Il coupe violemment) Non, non … C’est faux. Ce ne sont que des trucages. J’ai acheté à côté du lieu du tournage des abats chez le boucher. Le cadavre n’est pas vrai, rien n’est réel. C’est aussi ce que je recherche quand je tourne certaines scènes : que des gens écrivent que c’était totalement réaliste, quand moi je sais que c’était du chiqué. C’est la même chose avec ce film de cannibales au sujet duquel on a dit que des gens avaient été tués en Amazonie*. En réalité, comme je l’ai déjà dit, il a été tourné aux environs de Rome. C’est juste que j’aime quand le public … Bon, vous voyez ce que je veux dire (rires).

*(Dans un premier temps D’Amato fait allusion à Cannibal Holocaust (1980) de R.Deodato, avant d’embrayer illico sur son propre Emanuelle and the last cannibals : Ndt)

Il en fut de même pour la scène de l’embryon dans Anthropophagous (1980) …

C’était un lapin (rires), nous l’avons dépouillé … (rires) … Je suis toujours très heureux quand les gens pensent que tout ceci est réel. Dans ce genre de films on cherche toujours à choquer le public. Si ça fonctionne, alors c’est que j’ai réussi à réaliser correctement l’effet que je voulais produire.

Après Horrible (1981), la suite d’Anthropophagous, vous avez tourné pour l’essentiel des films relativement soft.

Horrible je ne l’ai appelé ainsi que parce qu’Anthropophagous s’était très bien vendu*. Puis le filon pour ce genre de films s’est tari … Je ne suis pas un artiste, je suis un homme d’affaires.

*(En Allemagne, Horrible est connu sous le titre Anthropophagous 2 ; mais on peut aussi comprendre que D’Amato a créé un pont scénaristique entre les deux films dans l’unique but d’optimiser son potentiel commercial dans les pays dans lesquels Anthropophagous a cartonné : Ndlr)

Néanmoins, vos films sont « artistiques » par leur nature même puisqu’ils sont toujours extrêmement cohérents …

J’adore faire des films, mais j’aime procéder de façon professionnelle et donner à voir au public ce qu’il veut voir. J’aime beaucoup les films d’horreur parce qu’ils nécessitent beaucoup d’effets purement techniques. C’est la seule et unique raison, pas parce que je veux faire passer un message.

Quand Joe D’Amato réalisera-t-il son prochain film d’horreur?

Je suis entrain d’en préparer un nouveau dont le titre est Ritorno della morte (Frankenstein 2000, 1991 : Ndt). C’est un film de zombie. Vous vous souvenez de Patrick (1978)? C’est un mélange entre ça et un film de zombie. Ca parle d’une personne qui est dans le coma et qui veut se venger des responsables de son état au moyen d’un mort …

Ce sera un film Gore?

Eh bien, nous aurons à tourner deux versions, je crois. Parce que, notamment en Allemagne, il n’y a aucune tolérance pour la violence graphique. Autrement le film pourrait même être interdit. (…)

Les Allemands ne censurent jamais, ils veulent qu’on s’en occupe avant qu’ils aient à le faire.

(Secoué de rire)

Il y aura beaucoup d’effets spéciaux?

Beaucoup sont liés à l’électricité parce que la femme qui est dans le coma commande le zombie par le biais d’un champ électrique. Les meurtres sont effectués comme ça … Par exemple, le zombie saisi les deux extrémités d’un câble à haute tension et les collent sur le cou de sa victime et ZISSCCHHH ! Comme sur une chaise électrique.

Quand le film sera-t-il en boite?

Je commence fin novembre (1990) en Italie, ensuite le tournage continue en Amérique.

Luigi Montefiori a-t-il écrit le script?

Non, c’est Michele Soavi.

D’autres projets en prévision?

Après celui-là, je vais tourner deux films érotiques.

Ce qui nous a vraiment manqué dans la suite des épisodes de la série Eleven Days, Eleven Nights, c’est cette fille à tomber par terre qu’est Jessica Moore.

Elle ne voulait plus faire de films érotiques. Elle est mariée maintenant et son mari est jaloux, il ne veut pas qu’elle tourne nue.

Est-ce une actrice américaine?

(Il s’étrangle presque) C’est une italienne, son vrai nom est Luciana Ottaviani… (rires) … C’est un univers étrange, n’est-ce pas?

Dans les années 70 vous étiez incroyablement actif, vous avez tourné jusqu’à dix films par an. Est-ce encore le cas aujourd’hui?

Dix films par an c’est trop. Plutôt sept ou huit. L’année dernière j’ai produit et réalisé huit films, cette année trois seulement – ou quatre. Ca, je le fais toujours.

Comment faîtes-vous?

Je suis aidé par certaines personnes. J’ai quelqu’un pour le montage …

… Kathleen Stratton?

Oui, en réalité elle s’appelle Rosanna Landi, mais elle a prit un pseudonyme (A moitié mort de rire).

Vous lui déléguez la postproduction?

Oui, elle prépare le montage après je m’en charge.

Il ne vous faut pas beaucoup de temps pour faire un film. Deux semaines, en moyenne?…

Non, pour certains films érotiques j’ai besoin de deux à trois semaines. Pour les films d’horreur cinq ou six, parce que certains effets spéciaux sont un peu plus longs à mettre en place. Ca ne laisse pas beaucoup de temps de côté pour la vie privée mais j’adore ça faire des films … Je suis un dingue de films!

[Interview réalisée par Axel Estein et Thomas Schweer / Première parution dans Splatting Image# 07, Juin 1991. Lien de l’interview en allemand :ICI]

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