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Venantino Venantini (1930-2018)

Venantino Venantini - LUI avril 1971C’est toujours la même vanne de « l’hommage », en somme. La même galère, les mêmes plans relous du quoi faire, comment, d’à partir de quand y a prescription, surtout. Là encore, rythme et tempo 2018, marche ou crève. J’ai plus le jus, je crois. Je suis fatigué. Retours sur une filmographie exemplaire ? Pfff ! Y’a Le Monde et Libé pour ça. Qui le font très bien en plus. Et puis, à titre personnel, j’ai jamais été très inspiré par la mort des autres. Heu… Encore moins par la mienne, crois-moi. En fait j’ai un problème avec les gens actifs, les gens qui font, ou qui ont fait, et dont il faut parler a posteriori. Sa Vie, Son Oeuvre, tout ça. Ca me renvoie inévitablement à la vacuité de ma propre existence, j’aime pas trop. Alors le Venantini, forcément, pas loin de 200 films au compteur, c’est le casse-tête…

C’est à dire que je m’aperçois qu’il n’y a pas grand chose à même de résumer plus exactement la versatilité de mes envies de cinéphile que la filmographie de Venantini. De nos premiers De Funès aux Lautner cultes de nos parents (Antenne 2, FR3: Merci!), des « post-apo » de notre adolescence aux Fulci teigneux de nos 20 ans, de Richard Donner à Jean Yanne à Benchetrit, d’Emmanuelle à Emanuelle; jusqu’à ces toutes dernières années, nous n’avons que rarement passé plus de six mois sans un Venantini aperçu au détour d’un casting de film vu à la télé, enfant, puis englouti, jadis par un lecteur VHS, aujourd’hui par un lecteur DVD, et peut-être à l’avenir par un lecteur Blu-ray, qui sait ? Les formats changent, ça me va, tant qu’il y a un peu de Venantini en dedans, ça fait sens, je crois.

Il y a deux ans de cela, courant octobre 2016, Venantini était l’invité d’honneur de l’émission T.V « Stracult », sur la Rai. Il évoqua brièvement le couple Gemser-Tinti, visiblement ému. Il dit toute la gentillesse et les beaux yeux de Gabriele, puis nota qu’il avait présenté les futurs époux l’un à l’autre lors du tournage de Black Emanuelle. Venantino avait déjà travaillé à de nombreuses reprises avec Tinti, aussi avait-il fait la connaissance de Gemser lors d’« Amore libero – Free love », vers 1974, peu avant le film d’Albertini. On le voit aussi aux coté de Sylvia Kristel dans une jolie scène d’« Emmanuelle 2 » de Francis Giacobetti…

De fil en aiguille, nous nous remémorâmes cette session photo découverte dans les pages Mode d’un vieux numéro de LUI, dont nous avions récupéré tout un stock aux puces de Vanves, il y a presque un siècle de cela. C’était le numéro 87, d’avril 1971. Silvia Dionisio (Pas encore Mme Deodato) était en première de couv’, shootée par Raymond Depardon un ballon de rugby dans les bras, des chaussettes Stemm au pieds. A partir de la page 130, Francis Giacobetti enchaînait huit impeccables clichés de quatre modèles, dont un Venantini, mince, racé, vêtu d’un ensemble jersey Eural (Tergal et Laine) et d’un foulard Smalto, pour le détail coquet. Le fait est que cet homme avait la classe. Y compris en plein désert, autant dire en toute circonstance.

Gemserographie : « Amore libero – Free love » (1974), « Emanuelle nera » (1975), « Emmanuelle 2 » (1975), « Emanuelle nera: Orient reportage » (1976), « La via della prostituzione » (1978) / Les pastilles bio de Raymond Lurh : ICI

Emile Degelin (1926-2017)

Le 20 mai dernier nous apprenions la disparition du cinéaste belge Emile Degelin. En 1978, Degelin réalisa le très controversé “Exit 7”, dans lequel l’hôtesse Gemser souffrait un vol sans escale sur Viol Airlines. Face à l’indifférence générale du monde médiatique libre à l’annonce de cette regrettable nouvelle, Chez Roubi’s en arriva à se demander si un survol biographique consacré à l’auteur de “Si le vent te fait peur” et de “Palaver” ne s’imposait pas…

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Emile Degelin en 1979

Né à Diest en 1926, Emile Degelin s’installe à Paris en 1949 afin d’étudier à l’École nationale de photographie et cinématographie : “A vingt ans j’étais fasciné par les sciences pures, la peinture et la photographie. J’ai pratiqué ces trois disciplines avant de me décider finalement pour une quatrième : La cinématographie. Il n’y avait pas d’institut équivalent en Belgique (…) Je suis sorti comme major de promotion, précédant entre autre Jacques Demy.”

A la suite de sa formation, il entreprend de parfaire son cursus dans quelques prestigieuses écoles internationales à Londres, Prague et New York : “Lors de mon retour en Belgique en 1953 j’y étais le seul professionnel, avec tous les avantages et désavantages que cela comporte ! (…) Contrairement aux cinéastes de la nouvelle vague j’avais appris le métier professionnellement, j’attachais une primauté absolue à l’aspect visuel et à la structure et la forme d’un film”.

Cependant en Belgique le problème reste entier : il n’existe pour l’heure aucune structure d’Etat de financement cinématographique. Degelin devient alors l’assistant de Gérard De Boe, ancienne figure de proue du cinéma colonial belge, et fait ses premières armes de cinéaste dans l’élaboration de courts-métrages et de films documentaires. Il en réalisera près d’une trentaine entre 1953 et 1959, dont certains seront marqués par sa collaboration d’avant garde avec Henri Pousseur (fondateur des Studios Electroniques de Bruxelles), l’intégration de “bruits réels” dans les compositions électroniques de Pousseur permettant, selon Degelin : “une interaction constante et profonde entre l’image et le son” dans ses propres créations.

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Y Manana? (1967)

En 1959, il parvient à faire financer son premier long métrage de fiction, écrit avec sa première épouse, l’auteure française Jacqueline Harpman : “Au festival de Cannes en 1960, mon film « Si le vent te fait peur » a scandalisé fortement une partie de la presse française par le sujet de l’inceste. A vrai dire le film n’était pas une spéculation pour provoquer un effet de choc. Dans mon premier scénario le couple principal n’était pas frère et sœur, mais deux jeunes qui se connaissaient parfaitement et n’étaient pas victimes d’un coup de foudre. Cela nécessitait entre autre des flashbacks pour montrer qu’ils se connaissaient bien. L’idée d’en faire un frère et une sœur me libérait de cette nécessité !”. En dépit de la polémique, le film sera chaleureusement accueilli par la presse et le public belge, et obtiendra plusieurs prix en Belgique, en France et aux U.S.A.

Durant les années 60, Degelin va délaisser en partie le documentaire. En 1962, en parallèle à ses activités de cinéaste, il fonde la section cinématographique du RITCS de l’Erasmushogeschool Brussel, dans laquelle il enseignera jusqu’en 1991. En 1963 il réalise pour la RTB le téléfilm “Béatrice”, à nouveau co-signé par J.Harpman, puis “¿Y mañana?” en 1967, une oeuvre semi-muette, un amalgame burlesque et surréaliste tourné en grande partie en Espagne dans des conditions rocambolesques, et qui fut par ailleurs le tout premier film flamand subventionné par la Commission du film du ministère de la Culture néerlandaise. Salué par la critique française, “¿Y mañana?” fera en revanche débat dans une partie de la presse flamande, déçue qu’un acteur français (Jacques Dufilho) y tienne le premier rôle.

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Palaver (1968)

Réalisé en 1968, “Palaver” dresse pour sa part le portrait de trois étudiants congolais qui aperçoivent sur les plages d’Ostende une jeune femme blanche accompagnée de son amant noir; dès lors le couple devient pour le trio le sujet de tous les fantasmes. Contrairement à ses précédentes réalisations, “Palaver” est un film en couleur qui permet à Degelin certaines audaces formelles – grâce notamment à l’utilisation de filtres colorés -, il a de plus cette particularité d’être une oeuvre polyglotte, les protagonistes principaux parlant le swahili, quand d’autres le flamand, le français ou l’anglais : ” Finalement ce n’était pas un film sur des Africains mais sur des Européens. (Les étudiants noirs) me servaient d’observateurs de notre société blanche”. “Palaver”, qui demeura longtemps l’oeuvre préférée de son auteur, fut lui aussi subventionné par le Ministère de la Culture néerlandaise, et connu les honneurs d’une sélection au Festival de Moscou en 1969 et de La semaine des réalisateurs à Cannes la même année.

La décennie suivante sera globalement marquée par le retour d’Emile Degelin au format documentaire, et ce jusqu’au long-métrage polémique “Exit 7” en 1978, qui s’attirera les foudres protestantes et s’aliénera une partie de la presse flamande et française, qui refusera dans certains cas d’évoquer le film dans ses colonnes ou d’y inclure le matériel promotionnel prévu à cet effet. Réflexion existentielle radicale sur le couple, la bourgeoisie, le sexe et la violence, “Exit 7” sera toutefois un succès public aux Pays-bas et en Belgique, avant d’être distribué de façon nettement plus confidentielle en Italie et au Portugal.

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Exit 7 (1978)

Réalisateur, scénariste, dialoguiste, monteur et producteur de ses propres films, mais aussi documentariste et enseignant en cinéma, Emile Degelin ajoute une nouvelle corde à son arc à la fin de années 70 : “ Après ma carrière de cinéaste, j’ai débuté comme écrivain (en néerlandais) et obtenu le prix pour le meilleur début littéraire en 198O avec mon roman « De bevrijding »”. Cette nouvelle activité se fera cependant au détriment de celle de cinéaste. Durant les années 80 et 90 Degelin ne filmera plus que de façon très sporadique, avant de prendre sa retraite en 1991 et de cesser d’enseigner. Il réalise néanmoins un dernier film en 1995, publie un livre en 1997, puis deux autres au début des années 2000 : “Je suis devenu cinéaste sans le savoir. A cinquante ans, j’ai décidé d’embrasser une autre discipline et j’ai commencé à écrire (…) Au total j’ai écrit sept romans. Actuellement à l’âge de 86 ans j’écris des poèmes. Pourquoi faire concorder la vie avec une seule carrière ? Il faut vivre et revivre !” écrivit-il.

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Les longs-métrages d’Emile Degelin sont disponibles chez l’éditeur Belfilm à cette adresse : ICI

Le site d’Emile Degelin contient de nombreuses photos de tournages, une bibliographie complète ainsi qu’une filmographie commentée (En néerlandais)  : ICI

Le site Cinergie.be propose d’excellentes analyses (en français) des films de Degelin, et le menu détaillé des éditions DVD de l’auteur : ICI

Les extraits reproduits dans le texte sont issus des sites Cinergie.be, Allianceinternationale.org, et de l’ouvrage « Les musiques nouvelles en Wallonie et à Bruxelles (1960-2003) » (p.26) ed. Mardaga.

Précommande « Bruno Mattei – Itinéraires Bis » – David Didelot (Mai 2016)

David_MatteiCamarade zinzin, bienvenue chez toi ! Fous-toi à poil et fais péter la moutarde ça va commencer… Robowar. Terminator 2. Strike Commando. Zombi 3. Double Target… C’est bon, ça vient ? Hum… Mondo Cannibale. Horror Cannibal. Les rats de Manhattan. Virus Cannibale… Oh ! Virus Cannibale ! Ah, tu vois ? Ceci étant avec Bruno Mattei c’est trop facile, ça marche à tous les coups. C’est-à-dire que cet homme nous donne tellement de plaisir aussi… Et puis l’influence qu’a eu le gars sur des générations de cinéastes, c’est à peine croyable. Resident Evil, les films, c’est du Mattei. 1, 2, 3, tout le reste, c’est lui ! Pareil ! Bon, avec du fric, mais pareil, c’est pour ça qu’on les aime les Resident Evil… De toute façon Chez Roubi’s on est incapable de dire du mal de Mattei, faut pas déconner. D’ailleurs, à titre personnel, je ne comprends même pas qu’on puisse ne pas aimer Bruno Mattei. Ca me dépasse. Eric Rohmer, Bruno Mattei, deux clefs d’un même trousseau, celui qu’il a marqué « Bonheur » dessus… Et puis cet homme est une légende punk, faut pas l’oublier. Vous vous demandez parfois, des grands noms du bis italien ceux qui pourraient encore le faire en 2016 sans nous gonfler ? Donc le truc pur jus, sans condescendance vis-à-vis du bordel, juste tu kiffes tu kiffes pas, les mecs qui pourraient encore te faire délirer, là, maintenant, 2016 ? Franchement j’en vois que deux. D’Amato, roi du torture porn ; vient de cartonner en DTV et VOD avec un controversé 50 tendances de Garry, dans lequel Garry se fait massacrer à coups de godemichets lors d’une partouze Femen dès le premier quart d’heure du film. Tourné intégralement en Super8, certaines versions comporteraient des inserts non pornographiques… Quand à Mattei, avec ses franchises Resident Devil – The beginning, The Walking [un]Dead et Game of Clones, il est peinard jusqu’en 2022. Sérieusement, c’était qui les seuls, les uniques, à continuer de sortir des films fendars quand tous les autres pliaient les gaules en chialant gnagna on n’a pas de thune pour réaliser nos projets… ? C’était eux ! Les autres c’est des baltringues. Deodato ? Baltringue. Argento ? Baltringue. Soavi ? Baltringue. Mattei pas baltringue. Mattei king of cool.

A.R

Précommande du livre « Bruno Mattei – Itinéraires Bis » par David Didelot : ICI

[Notes de l’éditeur Artus Films]

RESUME : Sorte d’Ed Wood à l’italienne, Bruno Mattei restera le chantre absolu d’un cinéma délirant et décomplexé, souvent putassier et crapoteux, mais parfois inspiré et jamais ennuyeux. A son actif, plus de 50 films, touchant à tous les genres et sous-genres du cinéma bis, les plus « nobles » comme les plus crapuleux : la comédie sexy, la nazisploitation, le film de nonnes, le film de zombies, le film mondo, le film de cannibales, le W.I.P., le péplum sadique, l’érotisme, le western, le film de guerre…  Camouflé derrière une multitude de pseudonymes – dont le plus emblématique restera Vincent Dawn –, souvent associé à son âme damnée Claudio Fragasso, Bruno Mattei est toujours considéré comme ce vilain petit canard de la couvée, ce mouton noir du cinéma bis, disputant à quelques autres le statut peu enviable de « pire réalisateur de tous les temps ». Définitivement estampillé grand pourvoyeur de « nanars », confortablement rangé dans la catégorie des copieurs compulsifs, Bruno Mattei est généralement réduit à quelques lieux communs que l’on brandit à chaque fois qu’est évoqué son nom : utilisation inconsidérée de stock-shots, incompétences techniques, budgets minuscules, dialogues improbables, incohérences scénaristiques, mauvais goût absolu, effets spéciaux bricolés, humour involontaire, voyeurisme éhonté… C’est oublier que le bonhomme eut une incroyable carrière, bien plus riche qu’il n’y paraît, et pleine de bobines désormais incontournables. Un nom majeur du cinéma populaire italien des années 70 et 80, à l’œuvre largement plus intéressante que ce que laissèrent penser les nombreuses critiques qu’il dut essuyer…

Bienvenue dans l’univers carnavalesque de ce réalisateur devenu culte, fait de masques et de faux-semblants, de clins d’œil complices et d’audacieuses citations, de bonne humeur communicative et de surprises en tout genre. Bienvenue, en un mot, dans le monde un peu fou de Bruno Mattei. Mais attention, car en suivant ces Itinéraires Bis, votre cinéphilie n’en sortira peut-être pas indemne : vous pourriez bien y prendre goût ! C’est tout le mal que nous vous souhaitons.

Préface de Monica Seller – Entretiens avec Antonio Tentori et Yvette Yzon – Témoignages de Geretta Geretta et Margit Evelyn Newton.

BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR : Né en 1970, David Didelot édite le fanzine Vidéotopsie depuis 1993, publication consacrée au cinéma bis sous tous ses aspects. En 2001, le bonhomme avait déjà fait paraître un numéro spécial de Vidéotopsie, entièrement sacrifié à Bruno Mattei. Son premier livre, Gore – Dissection d’une Collection, (paru aux éditions Artus Films en 2014) était entièrement dévolu à la fameuse Collection Gore du Fleuve Noir. Il postfacera en outre le Zombies Gore de François Darnaudet et Catherine Rabier, réédition augmentée de deux bons Gore de la collection éponyme (sorti chez Rivière Blanche en 2013), et préfacera un fameux Dimension TRASH (toujours chez Rivière Blanche, en 2015). David a aussi collaboré à l’ouvrage collectif Bleu Nuit – Histoire d’une Cinéphilie nocturne, paru aux éditions Somme Toute en 2014. On peut retrouver David Didelot au détour de quelques bonus DVD (si c’est du bis italien… ou espagnol), sur Facebook via ses pages Collection Gore – Fleuve Noir et Vidéotopsie Fanzine, ou sur son blog. L’auteur prépare actuellement d’autres livres… sur ses primes amours bis !

LE MOT DE L’EDITEUR : Réservez dès maintenant votre exemplaire de cette bible sur Bruno Mattei !

Vos avantages, uniquement par pré-commande :
– le livre dédicacé par l’auteur
– le prix reduit de 35 euros, au lieu de 39 euros
– l’acquisition du livre avant le public magasins
– 2 reproductions d’affiches de type locandina des films « Virus Cannibale » et « Les rats de Mahattan » (32 cm / 70 cm) – voir les deux dernières images

Les pré-commandes sont ouvertes jusqu’à la mi-mai. Le livre sera disponible pour les pré-commandes au Bloody Week-end 2016. Les frais de port vous seront remboursés si remise en mains propres.

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Artus Films : http://www.artusfilms.com/

Les pastilles Bio de Raymond Lurh (2)

M.FrajeseMarina (Frajese) Lothar : Née à Göteborg en 1944 (ce qui est quand même plus sympa qu’à Berlin l’année d’après), la vie de la suédoise Marina Hedman prend un tournant pour le moins inattendu lorsqu’elle fait la connaissance de l’italien Paolo Frajese, journaliste vedette de la Rai. Hôtesse de l’air pour une compagnie aérienne locale, il semble que ce soit lors d’un de ses déplacements en altitude que Marina rencontre son futur époux, qui lui colle rapidement deux chiards dans les pognes, avant qu’elle-même ne lui ruine tout bien la réputation, l’amour propre, voir qu’elle ne lui pisse franchement à la carrière lorsque le cocu triple platine se rend compte que sa femme donne pas le sein qu’à ses gosses. On peut comprendre, t’as beau être ouvert d’esprit, quand t’es d’un naturel timide, ton blase en maousse sur l’affiche de « Perversions très spéciales pour jeunes filles de bonne famille » (1981) ou « Colossale débauche pour femme frigide » (1985), c’est un truc faut le vivre pour savoir. Toujours est-il que c’est à cette période durant laquelle tu pouvais pas faire dix mètres entre la Piazza del Popolo et le Vatican sans qu’on te propose de te foutre à poil dans une sexy comédie avec Renzo Montagnani, que Marina décide de tâter un brin de l’artistique. S’en suit une pelletée de productions enchainées entre 1977 et 1987, alternant de toujours sympathiques apparitions de fond de casting – « On a demandé la main de ma sœur » (1976) de Fulci, « Starcrash, le choc des étoiles » (1978) de Cozzi, les aventures de l’inspecteur Nico Giraldi, incarné par un Tomás Milián déjà irrécupérable – avec le grand n’importe quoi D’Amato, type « Black Emanuelle en Amérique », top départ d’une honnête collaboration entre la blonde et le Massaccesi toujours prêt à donner un coup de main… Mais la suédoise tape aussi dans la comédie cul-cul, ainsi «La compagna di viaggio » (1980) de Ferdinando Baldi et son casting délirant, ou « La dottoressa di campagna » (1981) de Mario Bianchi, réalisateur nullissime au sujet duquel les mots nous       , mais fidèle collaborateur de la jolie bouclée. Sans insister plus qu’il ne convient sur sa carrière dans le domaine de la chose non simulée, il faut signaler que Marina fait partie des vedettes du genre au début des années 80, et qu’elle va à ce titre durablement marquer les esprits, tant érotomanes que tabloïds. Elle qui accéda au vedettariat sous le nom de son mari, va se coltiner un procès pas piqué des vers lorsque « Paulo » décidera que troppo c’est troppo, et que le nom de papa c’est sacré. Frajese mâle sera exaucé, mais en vain. La presse à scandale italienne (donc la presse italienne…) se réjouira à tel point de la situation, que malgré l’utilisation de nombreux pseudos tout au long de sa carrière, il sera bientôt impossible à quiconque un minimum attentif d’ignorer que Marina fut bel et bien Frajese; en long, en large et en travers… (Gemserographie : Emanuelle in America, Le notti porno nel mondo)

L.DeSelleLorraine De Selle : De son père français, Lorraine De Selle a très certainement hérité son coté casse-couilles. Car après tout, si nous ne sommes pas n’importe qui, admettons le, cela n’apparait pas forcément comme une évidence au commun des mortels n’ayant pas eu cette chance de naitre en hexagonie. Madame De Selle n’étant pas née en France mais en Italie, avouons que les lois de la génétique sont à n’y rien comprendre : « Je suis née à Milan, de père français et de mère australienne, j’y ai vécu pendant douze ans (…) Mon père travaillait dans l’industrie de la laine entre l’Australie et le nord de l’Italie. En 1968, quand mes parents sont décédés, j’ai déménagé en Australie et j’y suis restée jusqu’à l’âge de 23-24 ans. Après l’école, j’ai commencé à travailler pour un journal, puis pour un magazine comme critique télé, et c‘est comme ça que je suis entrée dans le monde du divertissement. Quand je suis revenue en Italie, j’ai essayé à nouveau d’être journaliste et j’ai été engagée par une agence de presse étrangère; mais c’était trop difficile, j’ai arrêté. Je suis devenue modèle, actrice, et après quelques années dans le milieu, j’ai mis en place ma propre société de production à Venise. Arrivée en Italie en ’74, le premier rôle (très modeste, bien sûr) que j’ai obtenu était dans « La Studentessa », un film réalisé par Fabio Piccioni en 1975 (…) Le métier d’actrice fut un choix involontaire. Ca m’a permis de gagner de l’argent et de découvrir le monde de la production, mais ce n’était pas ce que je voulais faire (…) Disons que c’était pour faire chauffer la marmite. » Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle va chauffer. Et à feu vif ! Dès 1976, la francostralienne multiplie les participations à de réjouissants objets filmiques estampillés Bis et Trash tels : « Emanuelle en Amérique », « KZ9 – Camp d’extermination », « Vacances pour un massacre », « La maison au fond du parc », « Cannibal Ferox » ainsi que le fameux diptyque carcéral « Pénitencier de femmes / Révolte au pénitencier de filles » du binôme Mattei-Fragasso. Mais Lorraine a bien d’autres projets en tête : « Un jour, Manuel De Sica me voyant dans « Storia senza parole », me dit: « Lorraine, il me semble que vous vous ennuyez … ». Je lui ai répondu qu’il avait peut-être raison, et c’est à ce moment là que j’ai compris qu’il était préférable de changer de boulot. » De fait, De Selle gère au mieux sa reconversion et devient en une dizaine d’années Lorraine De Selle Du Réal, respectable productrice (Junior Film International / Fidia Film, le tout affilié à la toute puissante Rai), mais aussi scénariste (« Une Australienne à Rome » en 1987, avec Nicole Kidman) et réalisatrice (« Hemingway a Venezia», toujours en ’87). Aujourd’hui, notre self made woman n’a malheureusement aucun souvenir de ses participations à « Pénitencier de femmes » et « Révolte au pénitencier de filles ». En revanche elle se remémore sans peine le déplorable impact d’ « Emanuelle en Amérique » sur sa réputation, le voyou D’Amato n’ayant pas hésité à caviarder le film d’inserts hard pour son exploitation à l’export : « J’étais très en colère parce qu’on m’a dit que j’avais tourné dans des films pornos, donc je suppose que quelqu’un, quelque part dans le monde m’a doublé. Cela m’a fait beaucoup de mal car s’il est vrai que je me déshabillais pour certains rôles, je n’ai jamais fait de porno de ma vie ! Pendant des années ça m’a suivi et je ne comprenais pas (…) C’est le seul de mes films qui m’a vraiment mis en rogne, parce qu’on a abusé de moi. » Il serait malhonnête de prétendre le contraire… (Gemserographie : Emanuelle in America, Violenza in un carcere femminile, Blade Violent – I violenti)

R.Lurh

Source interview : « Lorraine De Selle : Bella in Carriera » – Nocturno.it

Carlo De Mejo (1945-2015)

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Que ferait-on sans les fans de Lucio Fulci ? Toujours au taquet, à bloc dès l’aube, qui dorment trois heures la semaine, excavateurs de C.V, énumérateurs d’âmes les yeux rivés au néant, l’intégrale Lovecraft reliée peau de couilles véritable toujours à portée de main, tels sont-ils en vérité je vous le dis, et c’est pas facile tous les jours je vous prie de croire. En revanche pour les nécros on peut toujours compter sur eux. C’est-à-dire que dans ce monde qui est le leur, avoir tourné dans un Fulci c’est un peu pareil avoir été Bond girl dans le nôtre. Alors si en plus y’avait du zombie dans ton Fulci que t’as tourné, là t’es sûr d’une chose, quelque part sur terre quelqu’un pense à toi et le moment venu ta fiche Wikipedia sera mise à jour sous 24 heures chrono garanti sur facture – le fan de Fulci aimant l’ordre et les trucs bien rangés pire encore que le style néo-gothique. En partant de ce postulat nous pouvons donc affirmer sans craindre d’être exagérément péremptoire que le Fulcisme se situe à l’exact opposé du courant de pensée Mattéiste, nettement plus libertaire, fantasque, et vas-y fume c’est de la Skunk dans son approche cinématographique. D’où ma question aux scientifiques de nos lecteurs : Peut-on, à court terme, envisager de modifier l’ADN Fulciste par transfert de gènes Mattéistes afin qu’il gagne en volume et soit plus rigolo plus vite et pour moins cher ? Et si Oui, à la fin c’est qui qui gagne ? L’acteur italien Carlo De Mejo est décédé cette fin de semaine dernière sans nous avoir donné son avis sur la question, et c’est bien dommage. Fils de l’actrice Alida Valli (« Le troisième homme » (1949), « Les yeux sans visage » (1960) et du compositeur-artiste peintre Oscar De Mejo, Carlo avait travaillé pour Fulci à plusieurs reprises au début des années 80 (« Frayeurs », « La maison près du cimetière », « Manhattan Baby »), ainsi que pour le binôme Mattei/Fragasso à cette même période, celle de « L’autre enfer » (1981) et de « Révolte au pénitencier de filles » (1982), mètre étalon du WIP fauché dans lequel l’acteur partageait l’affiche avec Laura Gemser, Franca Stoppi et Gabriele Tinti. En dépit d’une filmographie tout ce qu’il y a de respectable, le sort est à ce point farfelu que Carlo nous quitte alors que la blogosphère et les sites ricains spécialisés n’en finissent plus de commenter ce même « Révolte au pénitencier de filles / Women’s Prison Massacre » via l’édition Blu-ray commercialisée en début de mois par le label californien Scream Factory ; De Mejo remportant la palme de l’épitaphe haute définition 2015 les doigts dans le nez.

A.R