Archives pour la catégorie Filmographie

Réédition Médusa Fanzine n°13, avril 2019 (France)

Medusa Fanzine n°13 réédition ltd 2019

Au sommaire : Rubriques Nostalgia, Alméria, Bismania, Polars italiens, Entretien avec Vince Rogers, Filmo Laura Gemser, Le courrier des lecteurs, la Zinotek, The ugly et quelques pages pour fêter les 10 ans du zine !

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Emmanuelle – L’antivierge (1975)

emmanuelle2-prototypeInutile de tourner autour du pot, il est de notoriété publique que le tournage d’Emmanuelle 2 fut un calvaire pour son réalisateur. Sylvia Kristel évoqua brièvement l’affaire dans son autobiographie, expliquant que Giacobetti quittait parfois le plateau en larmes tant la frustration, la pression étaient insupportables ; aussi en raison d’un scénario branle-couilles écrit au jour le jour et d’investisseurs japonais au taquet, exigeant de la production (en échange d’une montagne de fric, il est vrai) de pouvoir capitaliser au plus vite sur le carton historique que fut le premier volet en France, au Japon, et partout ailleurs dans le monde. Aujourd’hui encore Giacobetti semble convaincu que son film est une merde, jurant à l’époque qu’on ne l’y reprendrai plus. Pour notre part nous nous foutons pas mal de l’avis de Giacobetti et nous estimons que d’un strict point de vue graphique cette suite frise la perfection, enterrant en douceur son illustre n°1, esthétiquement un brin chichiteux, parfois agaçant. A ce titre, il convient de signaler que le film bénéficie du talent hors-norme du chef opérateur Robert Fraisse, futur nominé aux Oscars pour son travail sur « L’Amant » (1992) de Jean-Jacques Annaud et collaborateur régulier de Just Jaeckin depuis l’Emmanuelle premier du nom. Pour faire court, Fraisse c’est tout un pan du « blockbuster » érotique made in France de 1974 à 1980, soit les grandes heures de la bagatelle Cocorico, et c’est pas rien je vous prie de croire. Doit-on pour autant ne considérer L’Antivierge que sous l’angle de l’association d’un photographe « de charme » au talent monstre, obsédé par les mises en scène au cordeau (Giacobetti), et d’un directeur photo / chef opérateur dont le nom est à lui seul synonyme de french touch dans le domaine porno chic (Fraisse) ? Certainement pas, mais de cette collaboration résulte indubitablement un film de « pros de l’image », à la classe intersidérale, certes, mais dont c’est peut-être le seul intérêt in fine. Car si certaines des séquences qui composent cet Emmanuelle 2 sont tout à fait stupéfiantes lorsque l’on connaît un tant soit peu le travail du Giaco’ avant ce one shot cinématographique, les rustres d’entre vous pourraient bien trouver le temps long et en arriver à se demander où tout ceci veut en venir. Ce qui en soit est très con, puisque la réponse est bien évidemment Sylvia Kristel. D’ailleurs Giacobetti ne disait rien d’autre : « Personne n’avait rien à foutre du film. Il était déjà vendu dans le monde entier. Si j’avais filmé un cul pendant 90mns, ça aurait été pareil »*. Force est de constater que quarante ans plus loin, le cul de Sylvia Kristel n’a pas pris une ride.

*Extrait du livre « Pleins feux sur… Emmanuelle » de M.Godin, ed. Horizon Illimité (2005)

Le Notti Porno Nel Mondo (&Co.)

100_6346Ce préambule à la chronique de « Notti porno nel mondo », nous ne voulions pas le rédiger. Nous ne voulions même pas y penser ! Purée, cette galère… Déjà, les Mondo Movies, ça nous saoule ; et puis les « notti » c’est l’enfer, un bordel monstre, personne s’y retrouve. Et nous pas plus que les autres, faut pas croire… Mais bon, rapport à la sortie DVD du premier volume chez l’italien Cine Sexy, on se doutait bien qu’on allait devoir s’y coller. Du coup, comme on a vu le truc venir de loin, on a eu le temps d’y penser tranquilou ; genre chroniquette à l’arrache, deux trois vannes en pôle position et roule ma poule c’est plié. Penses-tu ! Dès qu’on a pigé la plantade de l’éditeur au sujet de la participation de Gemser à « Le notti porno nel mondo n°2 » en lieu et place d’ « Emanuelle e le porno notti nel mondo n°2 », on a su que c’était baisé. On pouvait pas laisser passer, rendez-vous compte ! Alors quand on a jeté un œil à la fiche IMDB du bousin… Oh putain, là on s’est dit fallait agir !

Avant de rentrer dans le vif du sujet, nous nous devons d’exprimer clairement notre point de vue sur le mode de fabrication de la série des « notti porno nel mondo », attribués selon les cas à Bruno Mattei ou à Joe D’Amato. C’est chiant à faire, c’est fastidieux à lire, mais c’est nécessaire à la bonne compréhension de la chronique que nous publierons dans les jours à venir, et surtout, du parti-pris assez radical Chez Roubi’s de considérer cet ensemble comme une vaste mystification à l’endroit du cinéphile monomaniaque déviant des temps modernes. Nous n’avons pas la prétention d’être dans le « vrai » de A à Z, mais jusqu’à preuve du contraire, nous estimons être dans le « juste » jusqu’aux coudes.

1) Qu’est-ce qu’un « Mondo Movie » ?

Alors sur ce coup là on va pas se casser la nénette, on va se reporter à la définition qu’en donne l’ouvrage français de référence sur le sujet, à savoir « Reflets dans un œil mort, Mondo Movies et films de cannibales » de Sébastien Gayraud et Maxime Lachaud, paru en 2010 chez bazaar&Co.

Mondo : « Catégorie de films d’exploitation. Documentaire proposant un montage de séquences filmées autour du monde regroupées autour de thèmes racoleurs et spectaculaires ».

2) En quoi ça nous concerne ?

La série des « notti » est composée de quatre films : « Le notti porno nel mondo », « Emanuelle e le porno notti nel mondo n°2 », « Le notti porno nel mondo n°2 » et « Follie di notte », réalisés peu ou prou au mitan des années 1977 et 1978. Les deux premiers films de cette série furent très clairement revendiqués par Bruno Mattei, quand les deux suivants furent dignement assumés par Joe D’Amato. Les deux premiers titres, indiscutablement les plus connus des aficionados, comportent des séquences avec Laura Gemser, la brindille introduisant les reportages bidonnés par d’hilarantes réflexions phylosofico-sociologiques typiquement mondoloïdes. Dans « Le notti porno nel mondo n°2 » cette tâche incombe à Ajita Wilson (et à sa complice Marina Frajese) ; puis à Amanda Lear dans « Follie di notte », dernier film de la « série ».

3) Dans quel contexte ces films ont-ils été réalisés ?

En ce qui concerne D’Amato, dans un contexte professionnel pour le moins délicat. Après une série de gadins entre 1973 et 1975, il fait feu de tout bois avec Black Emanuelle, iconise Gemser en trois-deux, enchaîne les tournages marathons insensés et fait chauffer le tiroir caisse comme jamais. Nous avons déjà évoqué les déboires judiciaires de Massaccesi à la suite du tournage d’« Emanuelle in America » (1976), nous ne reviendrons donc pas sur le sujet(1). Nous insisterons cependant sur le fait que cet évènement a forcément eu un impact sur son activité, et que si les dates d’exploitation de ses films à partir de 1977 ne semblent indiquer aucun changement notable dans sa production cinématographique, il ne faut pas s’y fier ; la chronologie de sa filmographie est impossible à définir clairement, certains de ses films ayant été exploités des années après leur réalisation(2). Le fait est que pendant deux ans environs D’Amato joue exclusivement à domicile et cumule les projets de moindres envergures, dont la série des « notti » est indubitablement le point d’orgue.

A la même époque la situation de Bruno Mattei est tout autre. En 1977, Mattei n’est pas encore l’irrésistible réalisateur tout terrain, le roi du shooting à l’arrache capable de remplacer dans la seconde un Fulci à l’agonie en territoire philippin. C’est un monteur confirmé, ultra efficace, qui a non seulement bossé à plusieurs reprises avec D’Amato, mais aussi (surtout !) avec Freda, Sollima, Franco, une liste longue comme le bras. En revanche, son expérience en tant que réalisateur est d’autant plus limitée qu’à vrai dire, s’il ne débute pas tout à fait dans le domaine, il a peu œuvré à ce poste. Hormis l’obscurissime « Armida, il dramma di una sposa », four intégral sorti semble-t-il en 1970, et un très sage « Cuginetta… amore mio ! » réalisé cinq ans plus tard, Mattei commence à prendre les choses en main avec deux nazisploitation tournés coup sur coup en 1976, et exploités tout début 1977 en Italie.

Les deux hommes ayant travaillé ensemble peu de temps avant sur « Emanuelle e Françoise… » (1975) et « Eva Nera » (1976), leur collaboration à un nouveau projet en cette année 1977 n’a rien de surprenant, elle semble même (a posteriori) logique.

4) Peut-on vraiment parler de « série » au sujet de ces films ?

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Nous estimons que oui, on peut, et ce pour plusieurs raisons, la première étant bêtement nominative. Exception faite du dernier volet, les titres « Le notti porno nel mondo », « Emanuelle e le porno notti nel mondo n°2 » et « Le notti porno nel mondo n°2 » nous semblent indiquer on ne peut plus clairement que ces films forment un tout ! Quand à « Follie di notte », le cas est tellement complexe que nous y reviendrons en détails un peu plus loin. La seconde raison est thématique, « éditoriale » dirons-nous : « Une incursion dans le monde fou du sexe… », cette accroche publicitaire mise en exergue sur l’affiche de la version britannique du premier opus est aussi valable pour les autres ; du Cul, partout, sous toutes ses formes, très souvent burlesques, très souvent la nuit. Une autre de ces raisons est d’ordre structurelle, formelle, chaque film de la série étant le parfait reflet de ses pairs, il est d’autant plus ardu d’attribuer tel ou tel passage à tel ou tel film que ceux-ci regorgent de séquences « jumelles » que l’on retrouve indifféremment dans les volumes signés Mattei et/ou D’Amato. Enfin, dernier point et pas des moindres, la durée et le montage de chaque film diffèrent selon les pays et les formats d’exploitation, repiquant cì et là des séquences issues d’autres volumes des versions italiennes ; ce qui laisse à penser que les films furent conçus dès le départ dans ce sens, évidemment afin que les séquences puissent s’intégrer les unes aux autres quel que soit le montage, du plus soft au plus explicite, mais aussi qu’elles furent tournées en même temps, à la chaine, par la ou les mêmes personnes, avant d’être montées et dispatchées dans les différents volumes de la « série ».

5) Pourquoi  ce micmac ? Dans quel but ?

Soyons clair, nous sommes ici en présence de produits à but putain de lucratif, élaborés par deux cadors de la confection cinématographique dans une logique purement industrielle. Si l’on part de ce principe, la question même de savoir qui fait quoi n’a plus aucun sens, right ? Quand j’achète une bagnole, je me fous de savoir qui a monté le pot d’échappement, pourtant quelqu’un l’a fait. En 1977 quand un clampin allait voir « Les nuits chaudes de la gestapo », à aucun moment il ne se disait : « Tiens, je me ferai bien un petit Fabio De Agostini ! ». Dans la série des « notti », Bruno Mattei et Joe D’Amato travaillèrent autant l’un avec l’autre que l’un pour l’autre, se partageant les tâches et alternativement le crédit de la réalisation. A ce titre, nous pourrions très certainement créditer Bruno Mattei pour son travail sur les films attribués à D’Amato, que l’inverse.

6) Mais alors, qui fait quoi ? Comment s’y retrouver ?

Dans certains cas c’est très simple, dans d’autres… c’est moins simple. Disons que le « langage cinématographique » de Mattei, a fortiori à l’époque, n’avait pas grand-chose à voir avec celui de Massaccesi. La patte D’Amato est généralement assez évidente à  déterminer, car plus personnelle, plus dynamique, plus systématique aussi. Outre un travail photographique immédiatement reconnaissable, un de ces traits de caractère le plus flagrant est que dans sa mobilité la caméra d’Amato ne suit pas le mouvement de ce qu’elle filme, elle filme en opposition au mouvement qu’elle capte. Un peu comme on danse le twist. Chez Mattei c’est rarement le cas. Mattei était un monteur extrêmement efficace, un cinéaste farfelu génial, mais en aucun cas un « styliste ». Nous pourrions d‘ailleurs nous amuser à comparer les réalisations respectives des deux lascars à la même période, entre 1975 et 1980 par exemple, et noter le modus operandi de l’un et de l’autre ; ce serait sans appel. Quand D’Amato multiplie les effets de manche avec sa caméra, s’éclate avec ses plans en plongée – contre plongée, filme à l’oblique au ras du sol, derviche-tourne au plus près de ses comédiens, Mattei capte à hauteur d’homme et balance du champ contre champ à gogo entre deux zooms et un travelling à roulette.

7) Et donc… ?

Et donc, ça c’est du Mattei :

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Et ça c’est du D’Amato :

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Si la comparaison ci-dessus peut sembler caricaturale, elle nous semble justifiée lorsqu’on évoque la série des « notti », et plus précisément ceux attribués à Bruno Mattei. D’ailleurs, si cette idée de « travail à la chaine » dans la confection de ces films nous intéresse ici particulièrement, c’est qu’elle implique que chacun soit employé à la tâche pour laquelle il est le plus rapide et le plus efficace dans l’exécution du projet. C’est notre avis, la quasi-intégralité des séquences composant les deux volumes signés Mattei (ainsi que les suivants, bien sûr) sont très clairement imputable à D’Amato – Outre l’aspect technique évoqué plus haut, les tics de mises en scènes typiquement massaccesiens y sont légion, immédiatement reconnaissables eux aussi –, ainsi que l’intégralité des scènes comprenant Laura Gemser, c’est un fait(3). Peut-être Bruno Mattei a-t-il fourni les quelques stock footages ajoutés cì et là, peut-être a-t-il effectué le travail scénaristique en amont de la réalisation de chaque séquence (nous en doutons), peut-être fut-il l’instigateur du projet, mais nous pensons que le gros de son travail fut naturellement de monter les séquences, puis d’en faire « des films ».

8) Alors pourquoi s’attribuer alternativement le crédit de la réalisation de ces films ?

Ce ne fut pas exactement le cas. Ou plus exactement, ce ne fut pas le cas partout. Nous venons de comprendre que dans certains pays, en Argentine par exemple, D’Amato fut crédité à la réalisation de « Le notti porno nel mondo », ici logiquement attribué à Bruno Mattei. De là à en déduire que par le biais de ces crédits à la réalisation nos lascars se sont en réalité partagés des « marchés », des zones d’exploitation de ces films, il n’y a qu’un pas. Vous nous permettez une petite digression ?

Il y a quelques temps de cela, nous avons eu un bref échange avec un éminent illustrateur italien, ami de longue date de Massaccesi et graphiste bien connu des fondus Filmirage, la boite de prod’ d’Amato d’alors les 80’s. Celui-ci nous apprenait fortuitement qu’il était producteur associé d’un film sur lequel nous planchions Chez Roubi’s, et au sujet duquel nous nous interrogions là encore sur la réelle implication du romain dans sa réalisation(4)… Donc un cas totalement similaire. Si l’artiste a coupé court à la conversation lorsque que nous lui avons demandé de confirmer que Massaccesi avait bel et bien réalisé le film en question, il nous a néanmoins expliqué qu’en s’associant à D’Amato sur ce projet, il était convenu qu’il touche des billes sur la vente du film à l’export ; pas partout, mais dans un certain nombre de pays préalablement définis, et notamment en Amérique du Sud (où pour le coup, son nom apparaissait peut-être au générique).

Si nous évoquons cette anecdote qui peut sembler hors-sujet, c’est qu’elle tend à mettre en évidence un système qui nous échappait jusque-là complètement chez nos deux sympathiques escrocs, et qui consiste à financer des films sans avoir à s’associer à de « gros » producteurs, mais plutôt en sollicitant une multitude de petits contributeurs – des particuliers, ou des collaborateurs occasionnels en l’occurrence -, qui du fait du coût dérisoire des projets ne risquent pas grand-chose dans leur(s) investissement(s), sinon la pirouette. « Le notti porno nel mondo » fut de toute évidence financé de la sorte, de même que les noms et les pseudos inscrits à son générique doivent sensiblement changer selon les pays ; y compris, pourquoi pas ? celui de son « réalisateur ».

De plus, si le film bénéficia globalement d’un solide réseau de distribution (Fida Film en Italie, Dietrich en Allemagne), il n’en est pas moins l’archétype de la petite production indé élaborée à l’arrache avec trois bouts de ficèle et quelques fidèles cachetonneurs. Ainsi, l‘équipe en place sur le premier opus – réduite à peau de chagrin – faisait clairement partie de la garde rapprochée de l’époque : Mario Paladini, producteur crédité sur « Le notti… » fut décorateur-accessoiriste (!) sur « Voto di castità » et « Emanuelle : Orient reportage » (1976), et ne travailla pour ainsi dire qu’avec D’Amato ; idem pour Franco Gaudenzi qui passe du statut de producteur sur « Sollazzevoli storie di mogli gaudenti e mariti penitenti – Decameron nº 69 » (1972) à celui de décorateur-accessoiriste sur « Immagini di un convento » (1979) ou « Exotic Love » (1980), et dont l’activité semble exclusivement liée à celle de Massaccesi durant les 70’s, puis à celle de Bruno Mattei vers la fin des années 80.

Des comédiens, aux figurants, à l’équipe technique, aux quelques trucages réutilisés encore et encore, à la B.O (5), toute l’affaire baigne dans le même bouillon ; jusqu’à la structure Esagono Cinematografica, éphémère société de production dont l’activité se limita ces seuls « Le notti porno nel mondo » n°1 et 2 !

9) Conclusion ?

La série des « notti » est un cas d’école finalement assez proche de certains films de Jess Franco, existant en une multitude de versions selon les pays, les montages et autres tripatouillages. Le problème majeur au sujet du recensement de ces films vient du fait qu’ils n’existent pas partout, et moins encore sous la même forme puisqu’ils furent montés différemment selon les lieux d’exploitation, en fonction de la censure et de la demande, mais qu’ils furent en revanche distribués sous des titres génériques quasi-identiques, ajoutant encore à la confusion, générant de fait un bordel sans nom. A notre connaissance, le seul pays dans lequel les quatre films furent exploités est l’Italie. Il conviendra donc de se baser sur ces versions afin d’évaluer les autres. Mais combien de versions de ces films existe-t-il là-bas ? Ce qui nous amuse tout particulièrement dans le cas « notti » c’est que l’on baigne dans un tel chaos qu’il est impossible que les réalisateurs eux-mêmes aient pu s’y retrouver ; un exemple parmi d’autres, on remarque que certaines des photos d’exploitation italiennes, allemandes et espagnoles des « notti » signés Mattei (ceux avec Gemser, donc), comportent non seulement des clichés de scènes issues des volumes que signera D’Amato par la suite, mais aussi des séquences présentes dans deux mondos ultérieurs de Mattei, exploités quelques années plus tard sous les titres « Sexual aberration – sesso perverso » (1979) et « Sesso perverso, mondo violento » (1980). En d’autres termes, il ne s’agit plus seulement de se pencher sur le travail qu’effectua Massaccesi  dans le cadre des « notti » attribués à Mattei, mais aussi très clairement de définir quel fut son implication dans les documenteurs post-notti de son collègue ! De quoi s’occuper un bon moment …

A.R (Mars/Avril2016)*

 

(BONUS) :  FOLLIE DI NOTTE

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Le cas « Follie di notte » est une petite merveille de ouatedefeuque, une sorte de film à la carte dont le montage fut effectué en fonction des désidérata des distributeurs, c’est certain, mais qui va bien au-delà dans sa conception. Ne serait-ce qu’en Italie, il existe à notre connaissance trois versions de l’affiche du film, vantant, selon les cas, le contexte mondo de l’affaire de façon plus ou moins explicite. Nous passons ainsi d’un visuel plutôt sobre, composé d’une photographie de notre Amanda trans-nationale en robe glitter rouge se trémoussant sur une piste de danse, et cette gentille accroche : « Erotisme, Sexe, Mystère et Charme des plus fameux spectacles du monde » (ainsi qu’un sous-titre faisant mention des labels Ariola Eurodisc et Phonogram) ; à une peinture assez sexy de Lear en petite tenue simili-latex à la limite du fétichisme S.M, à l’identité sexuelle pour le moins ambigüe, comportant les mêmes informations que sur l‘affiche précédente mais faisant aussi état de quelques hauts lieux du vice international, tels Paris, Londres, Las Vegas, Tokyo, Acapulco et Crazy Horse (!)… La dernière version est la plus typiquement mondo, celle qui se rapproche le plus des visuels des précédents « notti ». Exit les noms des maisons de disques, exit le blah-blah érotico-machin, place à la pin-up aguicheuse et aux spectacles hard-core : Sex Cabaret. Sex Group. Sauna Sex. Blow. Screw. Topless Binge. Free Cream Teas (sic) ; et ce superbe « Porno » en surtitre de « Follie di notte », placé juste sous la photo de la diva disco : Du grand Art. Mais Outre-Rhin c’est encore plus fun ! Comprendre on touche au sublime, on tape dans l’inédit au sens propre comme au sens figuré !

11350546_995674737143663_5476044610263843281_nEn Allemagne « Follie di notte » fut exploité sous au moins deux versions. Le film fut titré « Follow Me » pour la plus soft et « Mondo Erotico » pour la plus sexy. Nous ne savons rien du montage de « Mondo Erotico », mais celui de « Follow Me » nous a fait péter les plombs lorsque nous avons pigé l’entourloupe. Car « Follow Me » fut conçu en pleine vague disco comme un support promotionnel à la carrière d’Amanda Lear, mais aussi à celles des artistes Claudja Barry, Ronnie Jones et… Amon Düül II ! (6) Joe D’Amato ayant réalisé les séquences « Live » d’Amanda Lear pour « Follie di notte » (dont nous retrouvons les photos sur le matériel promotionnel allemand), nous nous interrogeâmes sur l’éventualité qu’il fit de même avec les autres artistes à l’affiche. Bingo ! Massaccesi à bien réalisé certains de ces clips. Tout du moins a-t-il réalisé les séquences comprenant la chanteuse Claudja Barry. Nous ne pouvons l’affirmer pour les autres, ces dernières étant pour la plupart introuvables, nous n’avons pas poussé les investigations au-delà des limites du raisonnable. Mais ce qui est particulièrement savoureux, c’est que cette brève collaboration entre Barry et D’Amato ne s’est d’évidence pas limitée au seul tournage de « Follow Me » ! Jetez-donc un œil au clip de sa reprise du classique de Ian Dury « Wake Up And Make Love With Me » (1979) pour voir… Du D’Amato !


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(1) Pour plus d’infos, se reporter à « Joe D’Amato Totally Uncut » (1999) ou à notre traduction de l’entretien accordé par Massaccesi à Splatting Image en 1990.

(2) De « Scansati… a Trinità arriva Eldorado » (1972) à « Paradiso Blu » (1980) en passant par « Anthropophagous » (1980) – au sujet duquel Massaccesi affirma un jour qu’il fut réalisé avant « Emanuelle and the last Cannibals » (1977) – , la filmographie D’Amato est un casse-tête chronologique à vous rendre fou. Vraiment.

(3) Pour plus d’infos, se reporter à « Io Emanuelle », interview fleuve de Laura Gemser par M.Gomarasca et D.Pulici, éditée sous forme de fascicule par Nocturno en 1996. Gemser y est catégorique, elle n’a jamais travaillé avec Mattei lors des tournages de « Le notti porno nel mondo » ou d’ « Emanuelle e le porno notti… » mais bel et bien avec Massaccesi.

(4) Voir l’article sur « La stanza delle parole » de Franco Molè.

(5) La bande originale de la série est truffée de passages de l’album « The Five Pennies Opera » (1972) de l’excellent groupe italien The Pennies ; Massaccesi avait par ailleurs déjà utilisé certains de ces morceaux sur « Emanuelle e Françoise (Le sorelline) » quelques années plus tôt.

(6) Il est à noter que le film fut distribué en France par Eurociné (qui d’autre ?), semble-t-il sous sa version « Follow Me » puisque traduit « Suivez-moi » sur l’affiche. Il est vrai qu’un peu de clarté, parfois…

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*Un grand Merci à Denise Rostand (à Don Karv aussi, pour le coup de main… linguistique).

Passion’s Flower (1991)

Flower(It.01)A-t-on jamais tenté de se suicider au navet ? Moi oui ! C’était l’autre soir, je sais pas ce qui m’a pris, plus rien à foutre de rien, pas un mot d’explication à la mifa, juste deux litres de rouge, une cartouche de Mentos, une motivation de champion du monde et un paquet de Dunhill International parce que j’aime bien mourir classe; donc j’en chope trois au hasard sur un tas de bordel désempilé, et ciao la compagnie. Et puis pour être sûr de pas me louper, j’aime autant vous dire j’ai tapé dans le brutal : « Passion’s Flower », un D’Amato cuvée 90, la pire ; « Total Recal », le rimèque, et « Transformers », le Un ! Clairement si avec ça t’y passes pas faut pas insister, c’est pas ton jour. Et là on peut pas nier, j’avais quand même mis le paquet. Surtout Michael Bay ! En dernière ligne droite ça pardonne pas ! Donc pro, rien à dire. Le truc c’est je crois D’Amato m’a sauvé la vie. C’est-à-dire qu’au bout de 60 minutes de « Passion’s Flower », j’avais déjà plus de pinard. J’ai dû me finir au Mentos. Et c’est là que ça s’est barré en vrille. Parce que 120 Mentos après deux litres de Boulaouane mec, tu vomis ! Hey, c’est marqué nulle part sur l’étiquette, je suis pas devin ! Tout ce que je me souviens c’est que dans çui-là, c’est l’histoire d’un type qui sort de prison et qui va retrouver son frangin qui tient un restauroute au bord d’une départementale vers la Nouvelle Orléans. Le gars est marié à une bombe sexuelle, mais elle c’est une garce qui veut faire buter son mari rapport à un magot placé sur un compte offshore. Seulement le taulard il est pas trop chaud, dû au fait que le mec qu’il doit tuer, c’est quand même son frère. Donc pour bien le motiver, elle le baise à fond. Mais lui on sent assez rapidement qu’on voudrait nous faire croire qu’il est moins con qu’il en a l’air… Et puis après ça finit façon home invasion, et la meuf se fait violer par des loubards avec une Chupa Chups. Classique. Niveau casting aussi c’est du typique d’époque. On a Robert Labrosse (Qui pour s’appeler « Robert » doit certainement être québécois…), un habitué Filmirage vu dans les inoubliables « Pomeriggio caldo » (1989), « Any Time, Any Play » (1990) et « Il diavolo nella carne » (1991) ; Kristine Rose ! Formidable, Kristine Rose. Playmate à l’air dégourdi, plutôt mignonne, elle apparaît à la même époque (91/93) dans une tripotée de volumes Playboy’s Book of Lingerie et Playboy’s Bathing Beauties. Soit quelques années après que D’Amato l’ai engagé à la suite de Jessica Moore dans le mo-nu-men-tal « Eleven Days, Eleven Nights 2 » (1990). A ne surtout pas confondre avec « Top Model » (1988), souvent titré « Eleven Days, Eleven Nights 2 : The Sequel », sinon c’est la honte. Et puis cette fille que j’adore mais que personne connaît, Cristine Frischnertz. Voilà. Big up Cristine. Pour conclure dans le rigolo – rigolo car on ne sait Diable pour quelle raison ! – D’Amato réutilise dans « Passion’s Flower » une partie des stock footages du fameux match de football américain de « Horrible », la fausse suite d’ « Anthropophagous ». C’est totalement gratuit, ça ne sert à rien, mais on ne m’ôtera pas de l’idée que c’est cool… Et puis après j’ai tout dégobillé. Une boucherie. Alors évidemment, la question que vous vous posez tous, « Mais pourquoi se fait-il donc tant de misères avec le physique qu’il a ? ». Je vais vous le dire. Avez-vous la moindre idée de la raison pour laquelle les gars dans les films de kung-fu s’entraînent en plongeant les mains dans des baquets de sable humide des heures durant ? Pourquoi qu’ils tatanent des planches en bois, explosent des briques et pulvérisent des pastèques en plein vol alors que putain ça fait mal ? Pour se rendre plus forts, bananes ! Plus performants, plus impitoyables, plus sans pitiés ! Dites-vous une chose, la violence c’est jamais qu’un accord de Ré majeur plaqué sur une guitare de gaucher ; une fois que tu t’es fait à l’idée, faut en chier un bon coup sinon t’avances pas. Et puis moi, tant qu’y a du pinard…

A.Roubi